Matthieu Ricard avait commencé une carrière de biologiste moléculaire et est rapidement devenu moine bouddhiste dans les montagnes tibétaines. Il a écrit plusieurs best-sellers, notamment sur la méditation et le bonheur. Dans cette conférence TEDx, il nous explique que le bonheur se cultive, qu’il est une « bonne habitude à prendre ».

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D’après Matthieu Ricard, en France, beaucoup d’intellectuels pensent que le bonheur n’est pas du tout intéressant, que nous voulons vivre avec passion et que nous aimons les hauts et les bas. Que nous apprécions cette souffrance parce que nous aimons quand elle s’arrête pour un moment !

Mais quand on y réfléchit, personne ne se lève le matin en se disant : « et si je souffrais toute la journée ? ». Consciemment ou non, sur le court ou le long terme, quelles que soient nos actions, nos espoirs ou nos rêves, nous avons le désir de nous sentir bien et d’être heureux. Comme disait Pascal, même celui qui se pend cherche à faire cesser sa souffrance – et se pendre est le seul moyen qu’il ait trouvé pour le faire.

Quand on regarde dans la littérature orientale et occidentale, on trouve une grande diversité de définitions du bonheur. Certains disent qu’ils ne croient qu’à la mémoire du passé, à l’imagination du futur, qu’ils ne croient pas au présent. D’autres disent que le bonheur c’est maintenant. D’après Bergson, tous les grands penseurs ont laissé le bonheur dans le vague pour que chacun puisse le définir selon ses propres termes.

On pourrait se contenter d’une définition vague si la poursuite du bonheur, du bien-être était une préoccupation secondaire dans notre vie. Mais comme c’est quelque chose qui va déterminer la qualité de chaque instant de celle-ci, il est dans notre intérêt de savoir ce que c’est, d’en avoir une idée claire. Car quand on cherche le bonheur sans savoir où le trouver, on lui tourne le dos. On veut éviter la souffrance, mais on court vers elle. On confond bonheur et plaisir, alors que ce sont deux choses bien distinctes.

Le plaisir dépend du temps, de l’objet, de l’endroit. Il change de nature, et on s’en lasse. On va prendre beaucoup de plaisir à manger une première part de gâteau au chocolat, mais à la troisième on est plutôt écoeuré(e). Par ailleurs, le plaisir n’est pas quelque chose qui rayonne à l’extérieur. Vous pouvez ressentir un plaisir intense mais avoir autour de vous des gens qui souffrent.

Le terme bonheur est vague, donc appelons le plutôt bien-être. Le bien-être n’est pas qu’une sensation agréable, c’est une profonde sensation de sérénité et d’accomplissement personnel. Un état qui imprègne et sous-tend tous les états émotionnels, toutes les joies et tous les chagrins que nous traversons sur notre chemin. Nous pouvons ressentir ce bien-être, même quand nous sommes triste.

Nous cherchons souvent le bonheur à l’extérieur. Nous voulons « avoir » tout pour être heureux. Mais alors, si quelque chose nous manque, tout s’effondre. Et nous cherchons à nouveau à arranger les choses à l’extérieur. Or notre contrôle sur le monde extérieur est limité, temporaire et souvent illusoire.

Notre condition intérieure n’est-elle pas bien plus forte ? N’est ce pas l’esprit qui transforme l’environnement extérieur en bonheur et souffrance ? Nous savons d’expérience que nous pouvons être dans un petit paradis et nous y sentir malheureux. A l’inverse, nous connaissons tous des gens qui, malgré des conditions difficiles, arrivent à garder leur liberté intérieure, leur force et leur confiance.

Bien sûr les conditions extérieures influencent, et il est bien de vivre plus longtemps, en meilleure santé, d’avoir accès à l’éducation, à l’information, d’être libre, de voyager ! Mais ce n’est pas suffisant, ce n’est que l’aide extérieure de l’environnement. Le vécu qui transcrit tout se situe dans notre esprit. Alors, comment nourrir la condition pour être heureux ?

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Nous faisons tous l’expérience d’états d’esprit qui sont favorables au bien-être, et d’autres qui vont à son encontre. la colère, la haine, la jalousie, l’arrogance, le désir obsessionnel, l’appât du gain notamment ne nous laissent pas dans un bon état d’esprit, et ils se font au détriment du bonheur des autres. Plus ils envahissent notre esprit, plus nous nous sentons misérable.

A l’inverse, tout le monde sait que dans un acte de générosité désintéressé, qui ne cherche ni reconnaissance ni gratitude, nous nous sentons en pleine adéquation avec notre nature profonde. Nous voudrions nous sentir toujours comme ça.

Peut-on changer nos émotions, nos traits de caractère, nos humeurs ? Peut-on changer notre façon d’être et notre état d’esprit ? Quelle est la nature de l’esprit ?

D’un point de vue expérientiel, la conscience a une caractéristique fondamentale : elle est le simple fait d’être. La conscience est comme un miroir qui permet aux images d’avoir un support. Car derrière chaque pensée il y a la conscience nue, la pure conscience. Et celle-ci n’a pas de haine ni de jalousie, car nos émotions sont changeantes et ne peuvent donc pas faire partie de cette pure conscience.

L’entraînement du mental s’appuie sur le fait que 2 états mentaux opposés ne peuvent se produire au même moment. Vous pouvez aller de l’amour à la haine, mais vous ne pouvez pas en même temps, pour le même objet, ressentir de l’amour et de la haine, vouloir du bien et du mal à une personne, serrer la main et donner un coup.

Il y a donc un antidote naturel aux émotions qui détruisent notre bien-être intérieur. Être dans la satisfaction plutôt que dans la jalousie. Vivre avec une certaine conception de la liberté intérieure plutôt que dans l’avidité et dans l’obsession. Faire preuve de bienveillance, de gentillesse plutôt que de haine. Mais alors, chaque émotion nécessite un antidote particulier.

Nous pouvons également trouver un antidote naturel à toutes les émotions, en les observant. Quand nous sommes en colère, haineux, ou obsédés par quelqu’un, ou quelque chose, l’esprit revient toujours au même sujet. A chaque fois qu’il y pense, l’obsession, l’agacement sont renforcés. Mais si on observe de l’intérieur le sentiment de colère, il s’évanouit. En pratiquant cette observation très régulièrement, votre propension à vous mettre en colère va réduire. Vous la ressentirez encore parfois, mais elle ne fera que passer très rapidement. Voilà la clé de l’entraînement de l’esprit.

Cet entraînement va prendre du temps, car ces pensées sont bien ancrées dans notre esprit, mais c’est la seule façon de procéder. Le sens profond de la méditation, c’est la transformation de l’esprit. Se familiariser avec une nouvelle façon d’être et de percevoir les choses, plus en adéquation avec la réalité.

L’efficacité de la méditation dans la tendance à éprouver du positif comme l’altruisme, le bonheur, la communication, ainsi que dans le contrôle de la réponse émotionnelle suite à un stimuli extérieur a été validée par de nombreuses études en sciences cognitives.

Nous passons environ 15 ans de notre vie à l’école. Nous aimons courir, faire du sport. Nous faisons toutes sortes de choses pour rester beaux. Mais nous passons étonnamment peu de temps à nous occuper de ce qui compte le plus : la façon dont fonctionne notre esprit, ce qui est la chose ultime qui détermine la qualité de notre ressenti. L’entraînement de l’esprit compte, et que ce n’est pas un luxe.

Pour vous faire votre propre avis sur la méditation, rendez-vous ici pour découvrir le programme MBCT.

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